Association France Palestine Solidarité - Isère / Grenoble

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Les jeunes oubliés d'Israël ( les palestiniens en Israël, dans Le Monde :

Les jeunes oubliés d'Israël.

 Ils ont 18 ans. Ils sont musulmans, chrétiens, bédouins... et font partie de la minorité arabe d'Israël. A l'heure où l'ONU examine la demande de reconnaissance d'un Etat palestinien, eux espèrent simplement être considérés comme des citoyens à part entière dans leur propre pays.


Le Monde, 2 octobre 20111.  Par Benjamin Barthe / Photos Nathan Dvir

 

Ils sont les grands absents de la bagarre en cours à l'ONU. A force d'entendre parler d'Etat palestinien, en «pour» ou en «contre», on en viendrait presque à oublier que l'Etat d'à côté, Israël, abrite lui aussi des Palestiniens. Vingt pour cent de sa population sont en effet constitués d'Arabes, de musulmans en grande majorité, qui sont les rescapés de la Nakba, le naufrage de la Palestine en 1948.

 

Cette année-là, dans le fracas de la première guerre israélo-arabe, environ 700 000 des 900 000 Arabes ,qui habitaient le territoire en passe de devenir Israël, prirent la route de l'exode. Un départ volontaire pour une minorité qui pensait attendre la fin des combats dans le Liban voisin. Un départ forcé pour la plupart, chassés de leur terre par les troupes sionistes. Les quelque 150 000 Palestiniens qui échappèrent à ce gigantesque coup de balai sont aujourd'hui 1,5 million. Ce sont les Arabes israéliens, également appelés Palestiniens d'Israël.

 

Jusqu'en 1966, cette population vit sous régime militaire. Astreinte au couvre-feu, aux permis de déplacement et aux assignations à résidence. Cette période est marquée par le drame de Kfar Kassem, en 1956, quand des soldats israéliens abattent 48 paysans, qui rentraient des champs et ignoraient qu'un couvre-feu venait d'être imposé dans leur village. Il faudra attendre cinquante et une années pour que le président de l'Etat d'Israël, Shimon Peres, présente ses excuses pour ce massacre.

 

Dans les années 1970, devenus citoyens à part entière mais en butte à d'innombrables discriminations de fait, les Arabes israéliens se lancent dans la conquête de leurs droits. Ils manifestent en masse pour défendre leurs terres, régulièrement confisquées par l'Etat sous divers prétextes juridiques. Le 30 mars 1976, la répression fait six morts et de nombreux blessés. Décrétée Journée de la terre, cette date accompagne dans les années qui suivent la montée en puissance des revendications nationales au sein de la minorité arabe d'Israël.

 

Ses membres, initialement électeurs du Mapaï, l'ancêtre du parti travailliste, au pouvoir jusqu'en 1977, s'émancipent progressivement des partis sionistes, par l'entremise notamment du Parti communiste. Les années 1980 voient aussi l'émergence d'un mouvement islamiste, qui s'empare d'Oum Al-Fahm, la deuxième plus grosse ville arabe de l'Etat juif après Nazareth. En octobre 2000, douze citoyens arabes d'Israël sont tués par la police dans la répression d'une manifestation de soutien à la seconde Intifada, déclenchée quelques jours plus tôt.

 

Cette « palestinisation » croissante, dans le positionnement politique, s'accompagne d'une « israélisation » non moins flagrante dans les moeurs. Quoique dispensés de service militaire, le principal creuset social israélien, et maintenus à l'écart du développement économique, beaucoup d'Arabes jouent la carte de l'intégration, comme le montrent leurs participations aux reality shows, qui pullulent sur le petit écran israélien dans les années 2000. Quelques parcours à succès, comme celui du footballeur Walid Badir, membre de l'équipe nationale, ou celui de Salim Joubran, juge à la Cour suprême, entretiennent l'espoir de l'assimilation.

 

Mais cette quête d'égalité se heurte ces dernières années à la droitisation du paysage politique israélien. Aux yeux d'une large partie de la population juive, les Arabes, citoyens de seconde zone, demeurent une menace démographique, voire une cinquième colonne. Sous l'actuel gouvernement de Benyamin Netanyahou, une série de lois ouvertement discriminatoires a été votée. La dernière en date, adoptée en mars de cette année, autorise à priver de financement public toute organisation qui célèbre la Nakba. Otages de l'histoire, incarnations vivantes d'un conflit inextricable, les Arabes israéliens ne trouveront pas la paix aussi longtemps que celle-ci ne sera pas signée. 

 



02/10/2011

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