Association France Palestine Solidarité - Isère / Grenoble

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Gaza espère une réelle unité, et pas seulement des paroles

Gaza espère une réelle unité, et pas seulement des paroles

Par Rami Almeghari , journaliste et conférencier universitaire vivant dans la bande de Gaza.

samedi 14 mai 2011

 

Mercredi dernier, alors que les leaders du Hamas et du Fatah signaient l’accord de réconciliation nationale au Caire, des foules de Palestiniens en liesse à Gaza City s’étaient réunies autour de la place du Soldat inconnu pour célébrer l’évènement.
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Les Palestiniens célèbrent la signature de l’accord de réconciliation nationale. Gaza City, le 4 mai 2011 - Photo : ZUMA Press/Newscom

Un des palestiniens en fête, Ahmad Kabaja, m’a informé que cela faisait quatre ans que la population ambitionnait de voir ce jour venir. Cet homme de 42 ans a poursuivi : « Grâce à la volonté de Dieu, nous allons enfin vivre une réconciliation réelle, pas de simples paroles comme à chaque fois. Nous espérons que d’ici à la fin de cette journée, la volonté de notre peuple l’emportera. »

En effet, le Hamas et le Fatah ont convenu de mettre en place un « gouvernement d’unité nationale » avec la nomination consensuelle du premier ministre. Les autres mesures à prendre sont, entre autres, la réactivation du Conseil Législatif Palestinien où le Hamas avait, en 2006, remporté la majorité des sièges, la préparation, dans une année, des élections en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza et enfin, la coordination entre les deux forces de sécurité.

Ainsi, l’accord et les discours prononcés par les leaders au Caire comportaient peu de détails sur la réalisation des points cités précédemment. D’ailleurs, il n’a pas été question des points essentiels, objets de toutes les contestations, à l’instar de « la coordination sécuritaire » tout à fait officielle avec l’armée israélienne d’occupation menée par l’Autorité Palestinienne en Cisjordanie et conduite par le Fatah, ou alors les demandes du Quartet (Les Etats-Unis, l’Union Européenne, la Russie et les Nations Unies) appelant le Hamas à reconnaitre Israël et à renoncer à sa résistance armée contre l’occupation.

Toutefois, des centaines de personnes ont joyeusement afflué vers les rues de Gaza City et ce, en dépit des incertitudes que recèle l’accord et de la chaleur de la mi-journée de ce mercredi. La foule a changé ses slogans en chantant : « Le peuple veut la fin de l’occupation israélienne » au lieu du fameux cri qui a le plus marqué les semaines passées, à savoir : « Le peuple veut la fin de la division. »

« Je ressens une joie intense. C’est un sentiment que j’attends depuis très longtemps. Nous sommes très contents que le rêve d’une unité nationale se soit enfin réalisé » me dit Rehab Kanaan, mère et poétesse, portant un petit drapeau palestinien et derrière laquelle se tenait un groupe de petits jeunes au sommet du monument du Soldat Inconnu.

Elle ajoute : « Je voudrais lancer un message à ceux réunis au Caire pour qu’ils sachent qu’une très grande responsabilité leur incombe et qu’ils doivent dès leur retour, veiller à la mise en œuvre de cet accord. »

Par ailleurs, les gens présents au rassemblement brandissaient des drapeaux du Fatah, du Hamas et d’autres organisations palestiniennes. Il convient de souligner aussi la présence de quelques officiels du Fatah, dont Amal Hammad. En effet, s’apprêtant à entrer dans le jardin du Soldat Inconnu, la secrétaire adjointe du Conseil Révolutionnaire du Fatah a informé The Electronic Intifada qu’elle voulait marquer la signature de l’accord en compagnie des autres pro-Fatah.

Au sujet de l’évènement du jour, elle souligne : « Nous vivons un instant très remarquable, mais ce dont nous avons le plus besoin est la réalisation et la mise en œuvre de cet accord sur le terrain. » Elle poursuit : « Ecoutez, pour être honnête avec vous et sans aucune intention de plonger dans la propagande, sachez que les autorités du Hamas ont longuement confisqué mon passeport et ma carte d’identité. Les mêmes autorités m’ont empêchée de voyager dans le cadre de ma participation à certaines activités. C’est pourquoi, j’ose espérer que le temps soit venu, cette fois-ci, pour que l’accord de réconciliation entre en vigueur pour permettre à nous, citoyens Palestiniens de mener une véritable vie démocratique, et d’en bénéficier. »

Les accusations de Hammad à l’encontre des autorités du Hamas à Gaza sont également indiquées dans des rapports du Hamas et des organisations indépendantes de défense des droits de l’homme, faisant état de mesures de répressions très répandues ainsi que de harcèlement et d’emprisonnement en Cisjordanie des membres du Hamas par les forces de sécurité à la fois contrôlées par le Fatah et soutenues par les Etats-Unis.

Par ailleurs, il y a ceux qui ne sont pas descendus dans les rues pour célébrer l’évènement. Dans cette épicerie du quartier al-Rimal de Gaza City, Fouad al-Borno et quelques clients ont suivi la cérémonie de signature à la télévision. A l’instar de beaucoup de citoyens à Gaza qui, malgré l’espoir restent prudents, al-Borno explique : « Il est tout à fait clair que cet évènement est positif et nous réchauffe le cœur, toutefois, n’oublions pas que nous avons déjà, dans le passé, vu des cérémonies similaires. Aujourd’hui, nous avons besoin d’actions concrètes sur le terrain. Tous les Palestiniens sont épuisés de toutes ces années de discorde et de scission auxquelles il faudrait mettre un terme. »

Pour sa part, Mohammed Abu Zubaida affichait plus d’enthousiasme. Ce jeune de 23 ans a affirmé à The Electronic Intifada : « Il s’agit là d’un accord crucial qui ne doit en aucun cas négliger le droit au retour des Palestiniens et le droit à la libération des prisonniers Palestiniens incarcérés en Israël. Nous devons en finir avec cette occupation et nous espérons que le Fatah et le Hamas œuvreront ensemble dans ce sens. » Abu Zubaida a terminé son intervention en évoquant le régime post-Moubarak et en saluant le rôle qu’il a joué. « En fin de compte, nous sommes très reconnaissants à la révolution égyptienne qui a entrainé la réconciliation Palestinienne. »

Cette situation, faut-il le rappeler, a été inspirée par ce qui se passe dans les pays arabes. En effet, des jeunes militants Palestiniens à Gaza comme en Cisjordanie n’ont rien à envier à leurs voisins dans leur soulèvement contre l’injustice puisqu’ils ont organisé des manifestations et mené des actions sollicitant les leaders palestiniens pour parvenir à un accord d’unité nationale. Ils se sont adressés au gouvernement de Gaza, dirigé par le Hamas, et au gouvernement de la Cisjordanie, dirigé par le Fatah en appelant à l’unité des Palestiniens pour qu’ils soient en mesure de faire face à l’occupation israélienne.

Une autre voix représentée par Dr Atef Abu Saif livre son point de vue sur la situation. Ainsi, et au moment où la plupart des Palestiniens affirment attendre et observer la concrétisation de cet accord sur le terrain, cet analyste politique basé à Gaza a misé sur le succès de l’accord et souligné à EI que cette fois-ci, il serait différent des précédents accords d’unité voués à l’échec.

Pour rappel, le Hamas et le Fatah étaient, au courant des quatre dernières années, parvenu à un bon nombre d’arrangements, notamment l’Accord de la Mecque de 2007. Cependant, aucun de ces accords n’a été capable de donner des fruits sur le terrain. Abu Saif explique qu’à travers la conclusion de cet accord, les Palestiniens aspirent à atteindre certains de leurs objectifs. Ainsi, poursuit-il : « D’une part, Abbas veut que son prochain voyage à l’ONU, prévu pour le mois de septembre [cherchant à obtenir la reconnaissance d’un état Palestinien], soit soutenu par un consensus national palestinien, le Hamas compris. D’autre part, et sur un autre front, le Hamas a vraiment pris conscience que la division de quatre années n’a fait qu’affaiblir ses chances [pour obtenir] quant à une reconnaissance internationale. Sans doute a-t-il remporté la prise du pouvoir à Gaza, mais le Hamas a perdu la légitimité internationale. »

Il ajoute que les récents développements régionaux et les soulèvements populaires, notamment en Syrie, ont eu un impact sur la décision de réconciliation du Hamas. Ainsi, la position précaire du régime Syrien (la Syrie étant le sponsor principal du Hamas dans la région) a poussé le Hamas à s’unir avec le Fatah.

Interrogé sur le rôle des pays étrangers, autrefois œuvrant à isoler le Hamas et contribuant au siège de Gaza, par rapport à une éventuelle reconnaissance d’une Autorité Palestinienne comportant le Hamas dans ses rangs, Abu Saif a répondu : « J’estime que la pression jadis exercée par la communauté internationale n’aura pas lieu cette fois. Actuellement, le souci majeur concerne les politiques israéliennes, les violations israéliennes des lois humaines internationales et l’absence d’engagement d’Israël envers les résolutions de l’ONU. N’ayant pas grand chose à dire, je pense qu’Israël guette le tsunami du mois de septembre prochain. »

En attendant, l’espoir est là, et il reste à savoir si les Palestiniens à Gaza pourront enfin voir ses fruits.

artcile relayé par Info-Palestine.net



22/05/2011

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