Association France Palestine Solidarité - Isère / Grenoble

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"Checkpoint 303" : Hip-hop palestinien, la guerre, l'amour, la paix...

 

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Chanter l’amour, chanter la guerre

Hip-hop palestinien

« Ecoutez-nous et ne perdez rien de notre message / Notre album est la nouvelle intifada, nos paroles sont les pierres ! » Dans la bouche de Dam (1), ce slogan prend doublement son sens. Comme le nom de ces trois rappeurs de Lod, en périphérie de Tel-Aviv. Acronyme de Da Arabian MC’s, Dam se traduit par « sang » en arabe et en hébreu, mais en arabe la contraction « dm » signifie « éternité ». Tamer et Suhell Nafar se sont unis à Mahmoud Jreri, en 1999, pour former le groupe-phare du hip-hop palestinien. C’est à eux que l’on doit le titre Min Irhabi (« Qui sont les terroristes ? »), un missile qui fera un carton sur Internet dès 2001 ! « Pour écrire nos textes, il suffit d’ouvrir nos fenêtres », lancent-ils dans un clip autobiographique où ils font face aux contrôles policiers et au mur qui se dresse.

 

Si leurs paroles sont explicites, ils savent aussi aiguiser leurs verbes et affûter leurs plumes à l’art des sens cachés propres à la poétique moyen-orientale, celle d’écrivains comme Mahmoud Darwich et Ghassan Kanafani. De même, leurs sujets de prédilection dépassent le cadre du conflit dans lequel ils ont grandi. Ils tendent ainsi le micro à la rappeuse Safa Hathoot sur Liberté pour mes sœurs : « La femme arabe est comme un oiseau blessé dans le ciel / Effrayée de se poser par peur des chasseurs / Emprisonnée dans sa propre maison, assoiffée de liberté / Mais ne pouvant boire que ses propres larmes / Et ils osent me demander pourquoi je pleure ? »

« C’est dur de parler d’Israël quand tu y vis, quand tu mesures les représailles potentielles. C’est encore plus dur de parler de la condition des femmes, quand tu connais l’inertie de la tradition et des rapports familiaux. Mais le plus dur reste la religion, toutes les religions en fait. Quand nous disons qu’il existe une grosse différence entre l’islam et les tenants de l’islamisme actuels, nous nous exposons en première ligne. »

 

D’où le titre de leur nouvel album : Ihda (« dévouement »). Il en faut quand on sait qu’ils n’ont pas de studio pour enregistrer. Ce n’est pas le cas de Sabreen, groupe historique de la première Intifada, qui possède sa structure à Jérusalem depuis le milieu des années 1990 (2). Dam s’en rapproche ; comme eux, ils ont travaillé avec Juliano Mer Khamis, le réalisateur des Enfants d’Arna.

Musicienne jusqu’au bout des ongles, Kamilya Jubran fut pendant vingt ans la voix principale de Sabreen, « ceux qui patientent » en arabe (3). En 2002, elle part pour Berlin, avant de s’installer à Paris. « Mais dans ma tête je n’ai jamais quitté Sabreen, un processus de résistance au-delà de la musique », assène d’une voix douce la native d’Akka. « Quand on prend du recul, on regarde les problèmes autrement. On est à la fois plus critique et plus en colère. Je soutiens d’autant plus le travail fait en Palestine. Le risque est toujours de tout voir disparaître en cinq minutes ! »

Kamilya Jubran revient régulièrement mais a trouvé en Europe la possibilité de s’exprimer sur un terrain inédit, aux frontières de l’électronique. « Quand tu es palestinienne, il faut être politiquement correcte. Il y a une attente sur le terrain de l’engagement. Si tu chantes l’amour, comme l’a fait Sabreen, tu t’exposes aux critiques. Mais la cause palestinienne, elle est en moi ! »

Se décaler de l’ornière traditionnelle, telle est la ligne de Checkpoint 303, groupe dont le nom s’inspire d’un point de passage à Bethléem (4). Ces barrières bien réelles, Samir Joubran les connaît. Originaire de Ramallah, il a un passeport palestinien, et sa femme, de Nazareth, un israélien. Impossible de se voir au pays. « Mon succès international me fait rêver. Mais dès que je rentre en Palestine, je reviens à la réalité... » Samir forme avec ses deux frères le trio Joubran (5). Ils s’expriment avant tout avec leurs instruments, « mais il y a forcément un message. Comment faire sans ?! ».

 

Le succès croissant, les frères Joubran ont quitté la Palestine fin 2005. Direction Paris. Sans oublier d’où ils venaient. « Grâce à notre succès, nous aurions pu signer sur des labels. Nous avons préféré créer un label indépendant afin d’aider les artistes palestiniens. Il devrait être répertorié en 2007 en Palestine. » Dans les magasins de disques parisiens, Samir a découvert qu’ils étaient souvent classés dans le bac « Israël » ! « Il est temps que la Palestine soit identifiée pour sa créativité sur la carte sonore... »

 

Jacques Denis, Le Monde Diplomatique, décembre 2006



03/07/2010

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