Association France Palestine Solidarité - Isère / Grenoble

Association France Palestine Solidarité - Isère / Grenoble

Anne Paq, photographe française à Gaza, témoigne. (été 2010)

Anne Paq, photographe indépendante, spécialiste des droits humains en Palestine, devait assister à l'exposition qu'organise l'Association France Palestine Solidarité / Perpignan,  en collaboration avec le Centre Cultural  Catala à l'occasion du festival "Visa pour l'Image", du 28 août au 12 septembre 2010.

 

Mais elle est actuellement à Gaza. Elle nous a envoyé un témoignage poignant sur la situation là bas.     

 >>  AFPS / Perpignan, ici <<

 

>> Anne Paq, reportage-photo à Gaza, ici  <<

 

 

Bonjour à tous,

Voilà une semaine que je suis ici. Le temps file si vite et je me rends compte que je n'ai encore rien écrit. Il faut dire que je travaille beaucoup,  et qu' avec la chaleur étouffante je n'ai pas trop d’énergie le soir pour écrire. J'essaye aussi d'en profiter un maximum et de rencontrer des gens, d'essayer de comprendre ce que cela peut représenter d'être coincée dans cette petite bande de terre de 10 km sur 50 ou vivent 1 million et demi de personnes.

Depuis 4 ans la Bande de Gaza est en état de blocus...les conséquences sont terribles.
Un nouveau rapport des Nations Unies montre qu' en dépit des accords d'Oslo et du droit international, non satisfaits d'avoir coupé la bande de Gaza du monde, les Israéliens ont rendu en fait inaccessibles 17 % du territoire minuscule aux Gazaouis, ces 17 % correspondent aux terres les plus fertiles, le long de la ligne verte. J'ai visité la "zone tampon" déclarée unilatéralement a 300 mètres par les Israéliens,  mais de fait il est dangereux de s'aventurer dans les 500 mètres, et voire au delà.

Chaque semaine des personnes se font tuer dans cette zone, ou aux alentours. En ce moment il s'agit pour beaucoup des "collecteurs de ruines", souvent des jeunes qui collectent les pierres des maisons détruites pendant l’opération "Plomb durci". J;'ai juste rencontré un fermier qui a perdu sa ferme et sa maison situés dans la zone tampon. En quelques minutes durant l'opération plomb durci,  tout a été réduit en ruine, ils n'ont eu lui et sa famille que 5 minutes pour sortir. Maintenant il gagne 50 euros par mois en s'occupant de terrains d'amis.  Son père, déjà un refugié, n'a pas supporté de perdre une nouvelle fois sa maison et est mort quelques mois après. 

Mardi il y avait une manifestation non-violente contre la zone tampon, c'était très impressionnant de rentrer dans cette zone devenue désolée. Les palestiniens ont été courageux, et ont fait face a leur occupants ici sans visages, cachés dans des tours militaires d'ou ils peuvent tirer sans merci. Avec les quelques internationaux présents, ils sont rentrés dans la zone dite "interdite", et ont secoué les barbelés mis par les Israéliens. Des coups de feu ont sifflé mais personne n'a été blessé. J’étais assez étonnée de voir les jeunes Palestiniennes participer.

Il n'y a pas de perspectives économiques  a Gaza. Pas d'exportation possible, pas de travail pour les jeunes diplômés. Les gens ne travaillent que pour quelques euros et plus de 80% de la population dépend de l'aide humanitaire. Ce matin j'ai parlé à des pêcheurs, ils ne peuvent aller au delà d'une zone de 4 km, là où sont la plupart des poissons. La plupart des pécheurs ont vu leurs revenus baisser d’une façon dramatique. Celui que j'ai interrogé pouvait gagner jusqu’à 80 euros par jour, maintenant il doit se contenter de dix fois moins.

Les cicatrices de la dernière opération massive israélienne- l'opération Plomb durci- sont encore béantes, même si  beaucoup des décombres ont été nettoyés. Des immeubles a moitiés debout, des maisons criblées de balles, des débris, des usines détruites, et puis les cicatrices encore plus béantes: des âmes perdues à tout jamais, des milliers de blessés, un sentiment d’insécurité, des traumatismes pour lesquels les personnes n'ont pas de mots.

Le siège est aussi sur toutes les lèvres- on vit en prison, on ne peut pas sortir, un professeur ici renommé qui explique qu'il n'ose même pas essayer de sortir de peur de ne pas revenir...actuellement certaines catégories ont plus de facilités- malades, étudiants (mais pas pour étudier en Cisjordanie), businessmen...mais la bouteille peut se refermer à tout moment.

Tant de choses à dire...mais je vais arrêter là après quelques mots sur la vie quotidienne. Tout d'abord, Gaza :  j’ai été frappée par la beauté de Gaza, une grande partie liée a la mer. C'est là, sur les plages, que les Gazaouis respirent un peu. Je partage un appartement avec une amie ici qui enseigne l'anglais, nous sommes juste en face de la mer. Il y a des hôtels, et restaurants juste à côté où il est possible de s'asseoir, c'est magnifique au coucher du soleil. Mais bien sûr,  juste les riches internationaux et palestiniens y vont.
Il est assez facile de circuler, avec des taxis peu onéreux (en fait n'importe quelle voiture qui fait " bip  bip » en passant a cote de vous se transforme en taxi). Les rues sont très sûres. On voit des policiers du gouvernement du Hamas assurer la sécurité et la circulation. Ce n'est pas un problème pour marcher la nuit.
Les rues sont envahies par des carrioles, faute d’argent pour l'essence, et encore plus pour une voiture,  beaucoup de gens s'en remettent aux ânes et aux chevaux!

Un des gros problèmes est l'eau. L'eau qui sort du robinet n'est pas potable, elle est en fait tellement polluée que j'ai décide de me rincer après la douche avec de l'eau qu'on achète (pour quelques cents on peut faire remplir son bidon de 20l). L’eau vient de la mer, et les égouts se déchargent directement dedans, et les installations de traitement d’eau ont été bombardées par Israël. Celles qui restent ne peuvent faire face à la demande. Le taux de nitrate dans l'eau est un vrai danger pour la santé, il est aussi fortement déconseille de se baigner dans la mer.

Un autre problème est l'électricité. Nous n'avons l'électricité qu'une partie de la journée. Si on est chanceux,  l'immeuble est équipé d'un générateur. Dans mon immeuble le générateur marche jusqu'à minuit. Après on s'en passe, ce qui veut dire :  pas de ventilateurs! Alors on a vraiment du mal à dormir. Les générateurs se sont donc multipliés à Gaza, causant une grande nuisance sonore mais aussi de la pollution.

J’ai beaucoup de choses à dire, mais je vais m’arrêter là pour cette fois.

J’ai bien sûr mis quelques photos sur mon blog:  http://chroniquespalestine.blogspot.com/

Meilleures salutations de Gaza!

Anne

 

 

extrait du reportage-photo d'Anne Paq sur son blog :

26.08.2010







(c) Anne Paq/Activestills.org, east of Gaza Valley, 26.08.2010
La maison de la famille Abou Sa'eed, ou habitent 17 personnes, est située à 370 mètres de la clôture. Le 13 Juillet 2010, trois obus d'artillerie ont été tirés sur la maison. À la suite de la seconde frappe, Ni'meh Yousif Abu Said (An-Nabaheen), la mère de cinq enfants, , 32 a été tuée quand elle est sortie pour chercher un de ses enfants qui manquait. Trois autres membres de la famille ont été blessés. Depuis lors, la famille vit dans la peur constante de nouvelles attaques. Les enfants qui ne sont pas autorisés à aller du côté Est de la maison ont des problèmes de sommeil et courrent se cacher dans la maison chaque fois qu'ils voient une jeep de patrouille israélienne. Ils ont à marcher 5 kilomètres tous les jours pour se rendre a l'école. Personne ne peut visiter la maison après le coucher du soleil, et la famille est alors confinée dans la maison. Les tirs sont récurrents, surtout pendant la nuit.

The house of the Abu Sa'eed family, home of 17 persons, is located at 370 meters from the fence. On 13 July 2010, three artillery shells were shot at the house. Following the second strike, the mother of five children, Ni'meh Yousif Abu Sa'eed (An-Nabaheen), 32 was killed when she went outside to look for one of her children who was missing. Three other family members were injured. Since then, the family lives in constant fear for further attacks. The children who are not allowed to go to the Eastern side of the house have problems sleeping and ran into the house each time they see an Israeli patrol jeep. They have to walk 5 kilometers everyday to school. No one can visit the house after sunset, and the family is then confined into the house. Shootings are recurrent. (see also al mezan' press release below)




30/08/2010

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