Association France Palestine Solidarité - Isère / Grenoble

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"A week in Gaza" (mai 2008) 2 / 6 - Une mère de famille : " Chacun ne pense qu'à soi"

En mai 2008, Rory McCarthy, journaliste de The Guardian, a publié une série de reportages "A WEEK IN GAZA", donnant la parole aux "anonymes"  soumis au blocus.

(On peut aussi voir des reportages-vidéos réalisés pendant cette semaine, sur le site de The Guardian) 

Une semaine à Gaza, par Rory McCarthy (2/6) : dans le camp de réfugiés de Jabaliya   -    The Guardian, 15 Mai 2008

" Chacun ne pense qu'à soi ''

Dans le logement exigu de trois pièces qu'elle partage avec ses 10 enfants, Etedal Zanati est confrontée à une bataille quotidienne pour les nourrir et les vêtir.

Etedal Zanati

Etedal Zanati, chez elle, dans le camp de réfugiés de Jabaliya, au nord de la Bande de Gaza. Photo: Martin Godwin

Hier, le repas principal de la famille a été des œufs, du pain et du thé. Aujourd'hui Etedal Zanati, 42 ans, a fourni un kilo de poisson, une poignée de pommes de terre et des tomates pour le dîner, afin de les partager entre elle-même, ses 10 enfants, sa belle-mère et son beau-frère.

Le poisson a été la fantaisie unique de la semaine, pour un coût de 17 shekels (£ 2.50). Il y a une boîte de café dans la cuisine, mais il est strictement réservé aux invités, et pour chacun des garçons, il y a un demi-shekel sur la table de toilette pour acheter aujourd'hui un sandwich à l'école.

Etedal Zanati voudrait acheter un four pour remplacer sa cuisinière à gaz à trois feux, très basique, mais à la suite du blocus économique de Gaza par Israël , le prix a augmenté sept fois et est maintenant hors de sa portée. Elle a emprunté à son frère un peu de gaz pour la cuisine, mais elle doit faire attention de ne pas en utiliser trop - le prix du gaz a doublé au cours des derniers mois et parfois on ne peut tout simplement pas en trouver. Dans la cuisine se trouvent les sacs et boîtes de la distribuition trimestrielle de l'aide alimentaire de l'ONU, qui les préserve du dénuement, mais E. Zanati est confrontée à une lutte quotidienne pour parvenir à une alimentation suffisante.

Tels sont les calculs exigés à une mère, attentionnée, veuve, qui essaie de maintenir ses enfants, nourris, habillés proprement et suffisamment alertes pour étudier avec application à l'école dans l'un des districts les plus pauvres de la bande de Gaza.

 

"Si vous voulez vous acheter des vêtements, vous ne trouvez rien pour un prix suffisamment bon marché.'' Les fruits et légumes sont encore disponibles, mais ils sont chers. Les réseaux traditionnelsde soutien, familiaux et communautaires, arrivent à la rupture. "Personne ne fait attention aux autres'', dit-elle. "Chacun pense à soi seul.''

Le mari d' Etedal Zanati, Mahmoud, a été tué il y a cinq ans par une frappe aérienne israélienne, à proximité de leur domicile, sur le camp de réfugiés de Jabaliya, au nord de la bande de Gaza. C'était un civil, un ouvrier agricole, mais sa mort n'a fait l'obejt d'aucune excuse ni offre d'indemnisation de l'armée israélienne. Le deuil a plongé la famille dans le traumatisme et dans une vulnébarilité financière extrême. Maintenant, elle et ses enfants - dont les âges varient de 5 à 17 ans – dépendent d'un versement de 900 shekels (£ 130) tous les trois mois de la part du gouvernement palestinien, le soutien aux familles des personnes tuées dans le conflit,ainsi que de l'ONU, avec ses dons alimentaires, la scolarisation des enfants et les services sociaux de santé.

 

Jabaliya est l'un des nombreux camps de réfugiés surpeuplés de la bande de Gaza, créés en 1948 pour revecoir le flot de réfugiés palestiniens qui ont fui ou ont été contraints de quitter leurs foyers lors de la création d'Israël. Sur un espace de seulement 1,5 kilomètres carrés, le camp abrite au moins 100.000 personnes, toutes vivent dans des maisons exigües, coincées dans des ruelles étroites.

Les Zanati ont trois pièces principales, qu'ils utilisent pour manger, dormir et de vie, une petite cuisine et une petite salle de bains. Ils ont une cour extérieure avec un évier près d'une porte métallique, où leurs brosses à dents sont serrées dans une petite tasse, et leurs chaussures sont sous l'évier dans un panier en plastique. Un fonctionnaire de l' Agence pour les Secours et Travaux de l'ONU, qui aide les réfugiés palestiniens, est venu à l'automne dernier pour discuter de la réparation des fuites du toit et la construction de deux chambres supplémentaires sur un nouvel étage supérieur. Mais depuis le blocus, l'ONU a dû mettre fin à la plupart de ses travaux de construction, ne pouvant importer le béton et autres matériaux nécessaires.

Ce sont les familles comme les Zanati qui sont les plus vivement conscientes de la crise économique déclenchée par l'isolement politique par Israël à l'encontre de la Bande de Gaza. Le gouvernement israélien affirme qu'il ne laissera pas une crise humanitaire se développer et insiste sur le fait que les militants doivent cesser leurs tirs de roquettes sur des communautés israéliennes. Les exportations et la plupart des importations ont cessé. Les fonctionnaires de l'ONU disent qui'ils n'entre pas suffisamment d'aide.
Malgré les critiques internationales et des mises en garde contre les "punitions collectives", la Cour suprême israélienne a approuvé, en janvier, une politique gouvernementale coupant l'alimentation en carburant de la bande de Gaza.

Cependant, GISHA, organisation israélienne pour les droits de l'homme, dit qu'il est maintenant prouvé que dans les cinq dernières semaines, les fournitures en carburant ont baissé bien au-dessous du montant minimum pourtant prévu par le tribunal. Selon Gisha, seuls ont été délivrés 69% du montant de diesel industriel ordonné par la Cour pour l'unique centrale électrique de la Bande de Gaza , couvrant seulement 43% des besoins , et seuls ont été autorisés 25% du total de diesel, que la Cour avait arrêté, pour les groupes électrogènes, les puits et les transports , soit 15% des besoins de la bande de Gaza,. Mardi, l'organisation pour les droits de l'homme a porté une nouvelle pétition à la Cour suprême et a averti que l'approvisionnement en carburants a été réduite à "des niveaux dangereux".

 

La crise affecte lourdement Etadal Zanati. En premier lieu, elle s'est sentie profondément déçue par la direction politique palestinienne. En tant que femme conservatrice et religieuse, elle a voté pour le Hamas aux élections, il y a deux ans , et dit qu'ils n'ont jamais eu la possibilité de se prononcer correctement. Néanmoins, elle tient à la fois de l'ancien Premier ministre du Hamas, Ismail Haniyeh, et son rival, le président palestinien et chef du Fatah, Mahmoud Abbas, pour responsables avec Israël des malheurs actuels de la bande de Gaza.

"La prochaine fois qu'il y a une élection, je ne veux même pas sortir pour aller voter, dit-elle. "J'en ai marre de toutes ces factions. J'ai un foyer de 10 enfants et qui nous nourrit? Le Fatah ou le Hamas? Non, bien sûr. Nous sommes en train de nous débattre d'un endroit à un autre et personne n'a frappé à notre porte pour aider. "

En deuxième lieu, la crise a souligné pour elle de nouveau, si jamais elle en avait douté, combien est importante l'éducation de ses enfants. "Ceci est mon message et ma vie.Je leur dis d'étudier et de terminer l'école, alors ils seront en mesure de faire ce qu'ils veulent. Je rêve d'eux devenant des enseignants, des médecins, des avocats peut-être." Elle parle avec fierté de leurs bons classements dans les écoles des Nations Unies du secteur, elle se préoccupe de les mettre en garde, afin qu'ils restent en dehors des groupes armés qui recrutent de manière efficace dans les familles pauvres et déçues.

''Je leur dis que nous avons déjà perdu une personne de la famille et nous ne pouvons plus perdre personne. De toutes façons, maintenant, il n'y a pas de but à la lutte, ça ne sert à rien. Quel sens ça a ? ''


Traduction Laurent G., article original : http://www.guardian.co.uk/world/2008/may/15/gaza



17/12/2008

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